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 Princess Mononoke Japanese Poster Movie  

Projection du 11 février 2014

Princesse Mononoke, Hayao Miyazaki, 1997

      Princesse Mononoke, originellement nommé Mononoke Hime (« Princesse des esprits vengeurs ») est un film d’animation japonais sorti en 1997, réalisé par le célèbre co-fondateur du Studio Ghibli, Hayao Miyazaki. Grand succès commercial au Japon et plus gros succès du réalisateur, le film a été salué par la critique japonaise et mondiale, et a officiellement fait de Miyazaki un maître de l’animation. 

     Le film se déroule au Japon à l’âge médiéval, plus précisément lors de l’ère Muromachi, marquée par les débuts du métal et des armes à feu. Il retrace l’histoire d’Ashitaka, dernier prince de la tribu des Emishis, depuis longtemps bannie et exilée par l’Empereur.


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     Afin de protéger son village, le jeune homme tue Nago, gigantesque dieu sanglier devenu un démon, mais il est à présent poursuivi par la malédiction de la créature défunte qui lui ronge le bras et menace de le tuer. C’est pourquoi il s’embarque dans un voyage vers l’ouest lointain, d’où est venu le sanglier, dans l’espoir de sauver sa propre vie et de « porter sur le monde un regard sans haine ». Là-bas, il sera confronté à l’épique lutte entre les dieux anciens et les hommes, entre San, jeune fille sauvage élevée par des loups et Dame Eboshi, puissante femme maîtresse des forges, entre la nature et la société humaine.

     Ce film est l’un des rares films de Miyazaki n’ayant pas été influencé par la culture occidentale, comme le sont particulièrement ses films Le Château Ambulant, Porco Rosso, Le Château dans le Ciel et d’autres. Le cadre est uniquement le Japon médiéval, le Japon des légendes et des débuts de la métallurgie. On constate effectivement un mélange entre le mythe et la réalité. Les dieux de l’Ouest, tels que la louve Moro, les sangliers Nago et Okkoto, et surtout le shishigami, dieu-cerf et esprit de la forêt, sont empruntés à la mythologie japonaise. Ces mythes reviennent d’ailleurs souvent dans les films japonais. Parallèlement, on suit la très rapide transformation du Japon, sans doute une référence à l’industrialisation rapide qu’a connue le pays, mais dans un fort contexte animiste. Ces références se retrouvent également dans beaucoup de films d’animations japonais des années 1990.            

     On rencontre dans le film des notions d’écologie, un engagement marqué contre la déforestation, mais également, et c’est là un message fort du réalisateur, un engagement pour une forme de féminisme, symbolisée par San et Eboshi. Cependant, le thème principal demeure celui de l’homme face à la nature et au surnaturel, souvent présent dans les œuvres de Miyazaki. Il est assez inhabituel de voir notre vision manichéenne du monde contredite. Dans Princesse Mononoké, il ne s’agit pas de la lutte entre le bien et le mal. Le combat naît de l’incompréhension et de l’abence de dialogue, dialogue que parvient pourtant à amorcer Ashitaka, empêchant ainsi la destruction totale de toutes choses. Il n’y aucun personnage entièrement noir ni blanc, pas de « méchants » ni de « gentils », seulement des êtres qui ont chacun une vision différente de la vie, et qui défendent leurs propres intérêts. Le personnage de Dame Eboshi en particulier est très contradictoire. Provoquant des sentiments allant de la colère à l’admiration, cette femme qui détruit la forêt et ses créatures, mais qui à la fois fait preuve d’une compassion et d’un dévouement sans bornes pour les rejetés de la société et les siens, est sujet d’une profonde réflexion.

      Les élèves ont noté une animation impressionante d’une incroyable qualité, par rapport à la plupart des animations de l’époque. Fluides, avec une animation intégrale, notamment en arrière-plan, les dessins, réalisés par Miyazaki, sont d’une richesse et d’une inventivité stupéfiantes. Les magnifiques paysages et représentations de la forêt ont en particulier retenu l’attention de l’audience, qui a noté qu’ainsi, tout un environnement et une ambiance spéciale étaient créés. Autre facteur enchanteur de ce film, la musique. Une bande-son merveilleuse, composée par Joe Hisaichi, musicien attitré de Kitano, aux morceaux magnifiques qui imprègnent le spectateur, le laissant bouleversé, encore plongé dans la poésie et la magie du film lorsque celui-ci prend fin.            

     En revanche, le côté « gore » du film, notamment chez les sangliers possédés par le démon, qui est représenté par une masse de tentacules rouge sang, semblables à des vers jaillissant de leur chair - et humoristiquement qualifié par certains de « steak haché » - en a dérangé plus d’un. Ces passages quelque peu repoussants, mais pourtant nécessaires pour montrer l’horreur que peuvent provoquer les humains et marquer suffisament le spectateur, ont été jugés trop lourds et excessifs par certains élèves.            

     La fin du film est assez surprenante. À première vue, elle peut paraître heureuse, avec de nombreux aspects positifs. Les conflits prennent fin, Ashitaka est libéré de sa malédiction, le dieu-cerf fait renaître la nature sur toute la montagne… Cette note d’espoir est pourtant ténue du fait que, malgré les apparences, l’aversion entre les deux clans n’est pas finie. Cela est marqué par la séparation de Ashitaka et San, les deux héros qui, ensemble, sont parvenus à éviter le désastre complet. Malgré cette coopération et l’amour qu’ils se portent, leur histoire est impossible, et chacun repart vivre de son côté. Le film montre l’éternel conflit et l’inéluctable lutte entre la société humaine et la nature. C’est un cercle sans fin, un affrontement inévitable, quoi que l’on fasse. Ainsi, la fin n’est pas si optimiste que l’on puisse penser, et laisse le spectateur avec un indescriptible sentiment de mélancolie.      

Marie Jittasevi

Note du public : 4,5/5