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Projection du 18 décembre 2013

Cabaret, Bob Fosse, 1972

    Le metteur en scène Bob Fosse (1927-1987) s'illustre pour ses nombreuses comédies musicales, qui font de lui le plus fameux chorégraphe et metteur en scène de comédie musicales américaines de son temps, et qui lui valent une immense renommée à Broadway. Parmi elles, on retient le film Cabaret, sorti en 1972 et tiré du livre de Christopher Isherwood, Goodbye to Berlin (1939).

Ce film retrace l'histoire d'amour entre deux jeunes colocataires, Brian, étudiant à Cambridge en voyage en Allemagne, et Sally, danseuse au Kit Kat Club, un cabaret à Berlin, dans un contexte d'avant-guerre et de montée du nazisme, vers 1930.

Ainsi, on pourra remarquer que l’atmosphère de débauche omniprésente dans le milieu du cabaret est mise en parallèle avec la rigidité du système, et que ce film est avant tout un tableau global de la société allemande.


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  Cette ébauche est introduite par la nature même des personnages présents dans l'intrigue générale du film : une danseuse de cabaret, Liza Minnelli (alias Sally) , qui, associée à Joel Grey (alias le Maître de cérémonie), représentent la décadence et la débauche. Le personnage de Brian (Michael York), par contre, est au début du film l'incarnation de la timidité et du calme, le stéréotype de « l'étudiant modèle » de Cambridge. Ces deux parties, malgré leur radicale différence, peuvent s'unir, union certifiée par la liaison amoureuse entre Sally et Brian.

 

   Entrent alors en jeu d'autres personnages aux personnalités différentes : le bourgeois juif persécuté, le riche aristocrate play-boy qui séduit aussi bien Sally que Brian, les adhérents au parti nazi... Cet amalgame de comportements contribue à la complexification de la situation ; en effet, dans cette comédie musicale, l'histoire d'amour entre Sally et Brian n'est en fait que le fil conducteur d'une intrigue vaste. On observe donc ici la volonté, de la part de Bob Fosse, de tisser quelque chose de général, de global : dépeindre la société allemande des années 1930.

 

  Cette globalité,dans le film, est représenté de deux façons paradoxales : l'horrible réalité quotidienne de la fin de la république de Weimar et la vie joyeuse de cabaret. En effet, le réalisateur oppose deux facettes de la vie berlinoise. Il fait allusion de manière presque constante à l'animation, la débauche et la décadence du milieu du cabaret, et ceci à travers des extraits de spectacles (devenus connus par la suite), comme Mein Herr, Wilkommen, Bienvenue, Welcome ou encore The coffee. Le cabaret, de par son apparente vulgarité, présente un lieu décomplexé, où tout le monde s'amuse. C'est d'ailleurs un établissement interdit aux nazis... interdiction qui sera remise en cause à la fin du film.

 

   En opposition à ce « havre de débauche », on retrouve la terreur et la violence d'un système sur le point de céder au nazisme. Cependant, la référence au NSDAP est extrêmement discrète : une scène de bagarre, un court aperçu d'un cadavre au bord d'une route et d'une croix gammée, une chorale des jeunesses hitlériennes (Tomorrow belongs to me)... le personnage d'Hitler n'est nullement mentionnée au cours du film.

   Bob Fosse met alors en scène une société décadente, un monde cosmopolite sans attache, aveugle à la montée du nazisme et aux danger qu'elle implique.

 

   Cependant, on remarque que, peu à peu, la réalité a tendance à prendre le dessus sur la débauche : Sally avorte, mettant fin aux rêves de Brian ; les danseuses de cabaret se travestissent en soldat durant leur numéro, on compare soudain dans l'enceinte même du cabaret un juif à un gorille... l'influence nazie, qui jusqu'à présent ne s’était fait ressentir, est soudain omniprésente, le cabaret devient un lieu politique, emblématique, mais toujours décadent. Seul Brian ose donner son point de vue, en s'attaquant à un groupe de nazis ; ainsi, seul instigateur de révolte, il se voit obligé de rentrer en Angleterre.

 

  Le Cabaret est finalement représenté comme la seule forme d’unité, dans la débauche, mais aussi comme seule vraie réalité et la seule forme d’humanité qui demeure. Cependant, il ne peut résister non plus à l'extension de l’idéologie du parti à la croix gammée ; au début du film, les nazis sont refoulés du cabaret, tandis qu'ils y sont les bienvenus à la fin.

 

  Cabaret est finalement le tableau d'une société décadente, tiraillée entre le rêve et la réalité. Cependant, la réalité violente l'emporte sur toute forme de réticence. Cette comédie musicale à l'intrigue complexe met en scène l'opposition entre le monde cosmopolite sans attaches du cabaret et le désordre extérieur camouflé par le symbole nazi, désordre qui prendra le dessus malgré l'opposition de jeunes rêveurs comme Sally et Brian.

 

Martin Boymond

 

Note du public : 3,9/5