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Projection du 6 avril 2016

La tête haute, Emmanuelle Bercot, 2015

 

 Emmanuelle Bercot est une actrice, scénariste et réalisatrice française. Sa dernière œuvre, La Tête Haute, qui a ouvert le Festival de Cannes de 2015, a remporté deux Césars, dont celui du Meilleur Espoir Masculin pour Rod Paradot, l’acteur principal du film. 

Pendant deux heures, le film suit la vie d’un jeune délinquant, Malony, âgé de 16 ans. Suivi par la justice depuis ses six ans, il ne cesse d’être rattrapé par la loi, symbolisée par la juge des enfants interprétée par Catherine Deneuve. Malony est également suivi par un éducateur, Yann, interprété par Benoît Magimel, qui lui aussi a connu un passé turbulent.

 

 

 


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Présenté ainsi, Malony semble être un stéréotype du jeune délinquant qui se «jette constamment dans la gueule du loup » et qui n’apprend jamais de ses erreurs. On pourrait s’attendre à un film dont le but serait de susciter la pitié du public pour les délinquants incompris par la société. Pourtant, cette œuvre, malgré son aspect répétitif, n’est pas ennuyeuse. Elle parvient même à capter notre attention jusqu’au bout pour nous conduire à notre propre interprétation de la dernière scène. 

La vie de Malony est présentée à travers ses moments clés. Emmanuelle Bercot tient à nous transmettre  une vue globale de la progression du personnage. 

A plusieurs reprises, la justice lui offre une solution, une échappatoire pour retrouver son chemin, mais Malony ne cesse de retomber dans la délinquance. Ce personnage nous parait donc d’abord antipathique et le public ne sait pas quel parti prendre. Il voit un personnage qui s’améliore pour ensuite s’effondrer à chaque chance qui lui est offerte. Cette succession d’évènements similaires est à l’origine de l’aspect répétitif du film. 

De plus, certaines péripéties, comme la grossesse de Tess, la petite amie de Malony (Diane Rouxel), sont des clichés qui renforcent le portrait attendu du délinquant.

Malgré ces répétitions, ce film maintient un rythme soutenu qui suscite la curiosité. Plusieurs événements s’enchainent, comme la rencontre avec Tess, le séjour en prison et l’accident avec son petit frère. Peu à peu, un personnage a priori incompréhensible se dévoile : en réalité, Malony est un simple adolescent qui cherche son identité dans un monde où il est incompris par une mère moins mature que lui. Et cette recherche qui se traduit par la violence, les pleurs et les actions qu’il regrette nous permet de nous identifier malgré tout au personnage. 

Aussi, en découvrant qui il est, Malony se crée une « nouvelle famille ». Sa mère, interprétée par Sara Forestier, est en réalité une source de problèmes pour Malony, qui essaye constamment de satisfaire ses attentes. Le personnage de la juge incarne une figure maternelle, qui veillerait sur lui sans qu’il s’en rende compte. La figure paternelle est incarnée par l’éducateur qui se donne tous les droits pour remettre ce jeune homme sur le bon chemin. Ironiquement, même si dans le cadre Malony et la juge sont toujours séparés par un bureau, elle essaye de l’éduquer alors que sa mère ne fait qu’étaler son amour par des manifestations physiques envahissantes. 

La Tête Haute nous apporte aussi une nouvelle perspective sur la justice française et ses agents spécialisés dans la protection des enfants. 

En outre on peut apprécier l’objectivité de Bercot : il n’y a pas de méchants contre des gentils dans ce film. 

Sur un plan plus technique, on remarque que les musiques récurrentes agissent comme un contrepoint de la situation du personnage. Alors que le rap représente souvent le monde de la délinquance, la musique classique comme celle de Schubert utilisée ici permet à Bercot de renforcer l’aspect lyrique de son œuvre. 

La narration sait également se montrer subtile, par exemple dans la scène où Malony marche de sa chambre en prison à la salle de visite, qui devient une marche vers la lumière et la sortie du tunnel. Cette scène pourrait résumer le film tout entier. 

 Finalement, La Tête Haute se termine par une première rencontre entre la juge et l’enfant de Malony. Cette fin pourrait être interprétée comme un nouveau départ, le bébé symboliserait la nouvelle vie que Malony va mener en dehors de ce palais de justice où il laissera derrière lui sa délinquance. Pour la première fois, le cadrage réunit Malony et la juge, sans un bureau pour les séparer. 

D’un autre côté, cet enfant est aussi un miroir qui renvoie au début du film, quand Malony entrait pour la première fois dans le bureau de la juge. L’histoire va-t-elle se répéter ? 

En conclusion, La Tête Haute est un drame : une œuvre qui met avant tout en avant la vie intérieure des personnages. Il nous offre une perspective différente sur un aspect de notre société : l’action de la justice des mineurs face à la délinquance. Ce film nous transmet aussi une image de la famille comme cause et solution aux problèmes de l’adolescence. Tout adolescent saura sans doute y être sensible. 

Laetita Mouly